Cancer du sein et mastectomie préventive:que faut il en penser?

27 juin 2013


Pourquoi une icône de la beauté féminine sacrifie-t-elle ses seins avant un cancer ?
Avec sa lettre ouverte envoyée le 14 mai 2013 au New York Times, Angelina Jolie secouait l’opinion. Elle y révélait en effet sa décision de subir une double mastectomie préventive suivie d’une ovariectomie. Son but ? Ne pas subir la maladie comme sa mère, partie d’un cancer à l’âge de 56 ans, ni comme sa tante, décédée le 26 mai 2013 d’un cancer du sein à l’âge de 61 ans. Que faut-il en penser ?

Seuls 10 à 15 % des cancers de la femme avant 35 ans sont liés à une anomalie génétique héréditaire.
La lettre ouverte d’Angelina Jolie révèle que celle-ci est porteuse d’un gène altéré, intervenant dans l’apparition du cancer du sein, le gène BRCA1 (abréviation de BReast CAncer). Son risque de contracter un cancer du sein était donc de 87 % et son risque de cancer des ovaires, de 50 %. La lettre indique aussi que, une fois face à ces réalités, l’actrice a voulu se montrer proactive et a opté pour une double mastectomie préventive. Son risque de développer un cancer est ainsi tombé à 5 %. Et l’avenir, notamment pour ses enfants, lui paraissait plus serein.
Voilà donc, en très bref, pour l’histoire de la jeune actrice. Mais qu’en penser de ce côté-ci de l’Atlantique ? Ancien praticien en oncologie plastique et en sénologie, le docteur Didier Van Den Broeck tient à préciser plusieurs choses.

S’il est vrai que les mutations des gènes BRCA1 et BRCA2 exposent à un risque élevé de cancer du sein et de l’ovaire, le risque génétique ne sera suspecté que s’il y a un grand nombre de cas familiaux sur plusieurs générations et survenant à un âge inhabituellement jeune. C’est d’ailleurs seulement face à de tels critères que l’on déclenchera une étude génétique pour rechercher une mutation des gènes BRCA1 et BRCA2. En d’autres termes, on ne va se lancer dans un test onco-génétique que si la patiente est jeune et présente des antécédents familiaux. Il ne faut certainement pas que toutes les femmes fassent ce test !
Ensuite, rappelons que seuls 5 % à 10 % des cancers du sein seraient dus à une prédisposition génétique majeure dont les plus importantes sont, effectivement, les BRCA1 et BRCA2. Pour ces femmes-là, et ces femmes-là seulement, le dépistage par mammographie ne sera pas suffisant.

Aude Gilquin, coordinatrice de Soins Oncologiques au Centre du Cancer des Cliniques Universitaires Saint-Luc, précise en effet que pour les porteuses prouvées d’une mutation génétique, c’est en premier lieu une surveillance, tous les 6 mois, par mammographie et IRM qui sera proposée. Si ce suivi est jugé trop lourd par la patiente désireuse alors d’opter pour la mastectomie prophylactique (il s’agit de l’ablation préventive du sein), celle-ci sera effectivement envisagée et encadrée comme il se doit. Certainement pas refusée.

Mais nous n’en sommes pas encore aux chiffres des Etats-Unis, du Canada voire même des Pays-Bas où la mastectomie préventive, en cas de mutation génétique prédisposante, est nettement plus fréquente. 50 % des femmes concernées optent dans ces pays pour cette opération. L’attitude est donc plus réservée chez nous. La preuve : moins de 5 % des patientes font ce choix.

Cela dit, les choses évoluent. Aude Gilquin signale d’ailleurs qu’une consultation d’oncogénétique destinée aux patientes porteuses de mutation génétique sera instaurée dès octobre 2013 aux Cliniques Universitaires Saint-Luc, pour leur offrir un suivi et un encadrement spécifiques. Et, déjà maintenant, si un sein a été opéré et doit être reconstruit, il n’est plus rare de proposer de coupler la mastectomie prophylactique de l’autre sein à la reconstruction du premier. Il faut dire que la patiente réduit ainsi son risque de cancer du sein de plus de 95 %. Mais c’est sans doute aussi sous l’impulsion des avancées de la chirurgie reconstructrice que cette attitude peut s’envisager de moins en moins difficilement.

“On a personal note, I do not feel any less of a woman. I feel empowered that I made a strong choice that in no way diminishes my femininity” *
Quand Angelina Jolie déclare qu’elle ne se sent pas moins féminine, et certainement pas diminuée dans sa féminité après ce choix, c’est bien sûr parce que la chirurgie reconstructrice est là avec ses prodigieuses avancées. Savoir que l’on pourra retrouver une silhouette féminine n’est certainement pas anodin dans cette prise de décision. Angelina Jolie en parle du reste très ouvertement dans sa tribune au New York Times : “Nine weeks later, the final surgery is completed with the reconstruction of the breasts with an implant. There have been many advances in this procedure in the last few years, and the results can be beautifull”**. Pas de quoi rendre cette décision facile, mais la preuve, tout de même, que les techniques de reconstruction permettent d’appréhender d’une manière bien plus optimiste les options les plus radicales.

* Personnellement, je ne me sens pas moins femme. Je me sens plus forte d’avoir fait ce choix qui n’a pas diminué ma féminité.
** Neuf semaines plus tard, la dernière opération est complétée par la reconstruction mammaire avec la pose d’implants. Il y a eu beaucoup d’avancées ces dernières années et le résultat peut être très beau.

Sources :
http://www.nytimes.com/2013/05/14/opinion/my-medical-choice.html?_r=0
http://videos.doctissimo.fr/sante/cancers/Zoom-sur-les-cancers-du-sein-d-origine-genetique.html
http://destinationsante.com
Centre du Cancer des Cliniques Universitaires Saint-Luc.



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